Les États-Unis s’apprêtent-ils à siffler la fin de la MINURSO ?

Le nouveau plan stratégique du Département d’État américain pour la période 2026-2030 fait l’effet d’un séisme dans les couloirs des Nations unies. Sous l’impulsion du secrétaire d’État Marco Rubio, la diplomatie américaine affiche une volonté de rupture assumée. Le document officiel explique que le Département d’État dirigera désormais les efforts pour mettre un terme aux missions de maintien de la paix et aux missions politiques spéciales à travers le monde qui sont jugées coûteuses et inefficaces. Dans ce contexte de coupes claires, la MINURSO, présente au Sahara marocain, semble figurer en tête de liste.

Présente sur le terrain depuis 1991, la MINURSO est l’archétype des missions visées par les nouvelles directives de Washington. Les déclarations d’intention de Washington se traduisent d’ores et déjà par des actes tangibles sur le terrain. Le 1er novembre dernier, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, révélait sur la chaîne 2M que le budget de la MINURSO avait déjà été amputé de 22 %.

Cette asphyxie financière s’accompagne d’une réduction drastique de la voilure opérationnelle. Depuis plusieurs mois, la mission réduit progressivement ses effectifs. Le démantèlement logistique est en cours : en novembre, la MINURSO a dû renoncer à un hélicoptère dédié à la surveillance du cessez-le-feu, une décision qui fait suite à la fermeture, en septembre, de trois postes d’observation (deux à l’est du Mur des Sables et un dans la zone contrôlée par le Maroc). Cette restructuration en profondeur a d’ailleurs animé les discussions de novembre à Rabat entre le chef de la mission, Alexander Ivanko, et les ambassadeurs des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

Quelles conséquences pour le Maroc ?

Pour le Maroc, cette volonté américaine d’en finir avec les missions « inefficaces » redessine l’échiquier diplomatique et sécuritaire. Sur le plan politique, une dissolution ou une requalification majeure de la MINURSO constituerait une victoire symbolique pour Rabat. Cela acterait définitivement aux yeux de la communauté internationale l’obsolescence de l’option référendaire, balayant ainsi les revendications historiques du polisario. Une telle issue conforterait la position du Royaume qui défend son plan d’autonomie de 2007 comme l’unique cadre pragmatique et réaliste pour clore le différend.

Cependant, le retrait des équipements de surveillance et des Casques bleus pose un défi sécuritaire quant à la gestion de la zone tampon et la surveillance du Mur des Sables, augmentant potentiellement la nécessité pour les Forces Armées Royales marocaines de combler le vide sécuritaire sur le terrain.

L’avenir de la MINURSO est désormais en sursis. Conformément à la résolution 2797 adoptée le 31 octobre par le Conseil de sécurité, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, est tenu de présenter un examen stratégique relatif au futur mandat de la mission d’ici le mois d’avril.

Pris en étau entre la pression de la nouvelle doctrine américaine et les réalités d’un terrain où le référendum est mort-né, ce prochain briefing onusien pourrait bien acter la fin d’une époque pour le Sahara marocain. Reste à savoir par quel mécanisme, Washington et l’ONU choisiront de remplacer cette mission vieille de 35 ans.

Hespress

par La paix