Publié le jeudi 15 octobre 2026 à 23h20min
Malgré des ressources financières limitées et un manque d’infrastructures adaptées, la boxe burkinabè entend renforcer sa présence sur la scène africaine et internationale. Formation des jeunes, organisation de galas, conquête de titres et recherche de partenaires : la Fédération burkinabè de boxe (FBB) multiplie les initiatives pour accompagner ses athlètes vers le haut niveau. Dans cet entretien accordé à Lefaso.net, son président, Jérémie Bouda, revient sur les acquis de la discipline, les difficultés rencontrées et les perspectives de développement du noble art au Burkina Faso.
Lefaso.net : Quel bilan faites-vous de la boxe burkinabè ces dernières années, en termes de résultats et de développement de la discipline ?
Jérémie Bouda : Nous pouvons rendre grâce à Dieu. Lors de mon premier mandat, j’ai constaté qu’il n’y avait pas d’entente, même entre les membres de la fédération. Aujourd’hui, je rends grâce à Dieu, qui m’a permis de les réconcilier. Nous travaillons désormais ensemble afin d’obtenir des résultats.
Malgré les difficultés, nous avons pu organiser régulièrement nos championnats dans trois catégories. Nous avons également pris part à des combats à l’extérieur du pays. Par exemple, en 2025, nous avons participé à un gala de boxe au Niger, avec les deux autres pays de l’AES et la Fédération de Russie. À cette occasion, nous avons remporté trois médailles d’or.
Nous disposons aussi d’un groupe de jeunes très actifs, qui veulent véritablement travailler pour relever les défis, aussi bien en Afrique qu’à l’échelle mondiale. Cependant, les ressources financières font souvent défaut. Cela nous empêche de participer régulièrement à des compétitions et d’organiser des galas de boxe, alors que ceux-ci sont indispensables pour atteindre le haut niveau auquel nous aspirons.
Nous faisons donc avec les moyens dont nous disposons. Vous avez certainement remarqué que nous avons récemment remporté une ceinture de la WBA, grâce à Hamed Abdel Nikiéma, alias « le Percuteur », ce qui est une très bonne chose. Nous avions conservé la ceinture remportée par notre champion Dramane Nabaloum, alias Boum Boum, que Dieu a malheureusement rappelé à lui.
Nous prions Dieu afin qu’un autre boxeur puisse prendre le relais et que l’on continue de parler de la boxe au Burkina Faso. Nous avons remporté cette ceinture et nous devons désormais la défendre. Nous espérons également que le nombre de boxeurs burkinabè évoluant au niveau mondial augmentera.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels la Fédération burkinabè de boxe est confrontée ?
Notre ambition et notre principal défi aujourd’hui sont de remporter des ceintures à l’échelle continentale et mondiale.
Nous sommes également en train de mettre en place un système d’organisation régulière de galas de boxe entre les pays de l’AES. Nous partageons les mêmes difficultés, et cette initiative nous permettra d’organiser des combats plus régulièrement.
Dans la boxe, il est indispensable de participer régulièrement à des galas pour maintenir son niveau. Sans cela, il devient difficile de prendre part à un championnat d’Afrique ou du monde dans de bonnes conditions. Si un boxeur ne combat pas régulièrement, il risque d’être battu lors de ces compétitions.
C’est pourquoi les trois présidents des fédérations de boxe des pays de l’AES se sont rencontrés. Nous avons même élaboré un document commun afin de mettre en place un cadre permettant d’organiser régulièrement des galas de boxe.
La détection et la formation des jeunes boxeurs constituent-elles une priorité pour la fédération ? Quelles actions menez-vous dans ce sens ?
Je vous remercie pour cette question. Nous accordons une grande importance à la formation. Aujourd’hui, nous avons besoin d’arbitres et d’entraîneurs qualifiés. Nous remercions le ministère chargé des sports, qui nous a accompagnés et a contribué à la formation des arbitres et des entraîneurs. Nous ne comptons pas nous arrêter là, car, en boxe, il faut nécessairement des arbitres et de bons entraîneurs pour encadrer les athlètes.
Nous pouvons avoir de jeunes talents, mais, sans un encadrement adéquat, il est difficile de les accompagner vers le haut niveau. Notre travail consiste donc également à former les jeunes qui souhaitent évoluer dans cette discipline.
Vous avez d’ailleurs suivi les derniers Jeux de l’AES. Nous en sommes sortis avec quatre médailles d’or. Ce sont des jeunes qui se sont véritablement investis. Nous avons remporté quatre médailles d’or sur les six possibles. Avec un tel résultat, nous ne pouvons que rendre grâce à Dieu.
Quelles sont les difficultés rencontrées par les boxeurs burkinabè dans leur préparation aux compétitions internationales, notamment en matière d’infrastructures, d’équipements et d’encadrement ?
Notre principal problème est que, depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui, la Fédération burkinabè de boxe ne dispose pas d’une salle équipée qui lui soit propre.
Une telle infrastructure permettrait notamment aux boxeurs sélectionnés à l’issue des championnats nationaux de s’entraîner régulièrement et de disposer en permanence des équipements nécessaires à leur préparation.
Nous souhaitons donc vivement disposer d’une salle adaptée, qui nous permettrait de maintenir nos athlètes à niveau en permanence.
Pour préparer la conquête de la ceinture que nous venons de remporter, nous avons dû envoyer des boxeurs au Ghana, où ils ont pu bénéficier d’une salle équipée et de conditions d’entraînement adaptées.
Notre souhait est donc d’avoir notre propre salle afin de pouvoir préparer nos athlètes à tout moment, avant chaque sortie internationale.
Je pense que les autorités nous entendent. Elles ont la volonté de nous accompagner, mais vous savez également que notre pays traverse une période particulièrement difficile. Il faut donc avancer progressivement, mais sûrement.
En tout cas, les autorités nous assurent qu’elles sont conscientes de nos difficultés et qu’elles feront de leur mieux pour nous permettre d’obtenir ce dont nous avons besoin.
Plusieurs boxeurs burkinabè réussissent aujourd’hui à s’illustrer sur des rings à l’extérieur du pays. Comment la Fédération accompagne-t-elle ces athlètes dans leur carrière internationale ?
Je pense que nous faisons ce que nous pouvons avec les moyens dont nous disposons. Comme je viens de l’expliquer, nous voulons mettre en place une dynamique régionale entre les pays de l’AES afin de permettre aux boxeurs de participer régulièrement à des galas de boxe. C’est l’une des principales actions que nous pouvons mener pour les accompagner.
En revanche, la participation aux championnats d’Afrique et aux compétitions mondiales nécessite des moyens financiers importants. Envoyer un boxeur en compétition internationale ne suffit pas. Il faut d’abord lui permettre de se préparer convenablement, notamment en participant à des séances d’entraînement adaptées et à des combats de mise à niveau. C’est un peu comme dans le football : il faut se préparer avant d’entrer sur le terrain. Compte tenu de nos moyens limités et des difficultés que nous rencontrons pour obtenir l’accompagnement financier de certaines entreprises, nous faisons avec les ressources dont nous disposons.
La boxe burkinabè a connu par le passé de grands champions et semble retrouver progressivement une certaine visibilité. Peut-on parler d’un renouveau du noble art au Burkina Faso ?
Je pense que le titre de champion d’Afrique de la WBA remporté par Abel Nikiéma, alias « Le Percuteur », montre que la Fédération burkinabè de boxe est en train de retrouver une certaine visibilité. C’est déjà un point positif dont nous pouvons nous réjouir.
La fédération dispose véritablement de talents. Cependant, comme je l’ai déjà souligné, il faut des équipements et une salle adaptée pour permettre aux boxeurs de progresser et de maintenir leur niveau.
Lorsqu’un athlète se prépare pour un championnat d’Afrique ou du monde, il doit pouvoir s’entraîner dans une salle équipée, bénéficier de bonnes conditions de préparation et être encadré par des entraîneurs de haut niveau. Avec ces moyens, il a davantage de chances de revenir d’une compétition internationale avec des résultats positifs.
C’est également pour cette raison que j’insiste sur la formation des arbitres. Si nous ne disposons pas d’arbitres capables d’officier lors des compétitions internationales, nous pouvons rencontrer des difficultés. Il peut arriver que des décisions nous soient défavorables et que nous ne soyons pas suffisamment outillés pour les contester.
Voilà pourquoi, malgré les efforts que nous fournissons déjà, nous voulons renforcer la formation afin qu’un jour, les championnats d’Afrique et du monde puissent se dérouler sans que nous ayons à déplorer l’absence d’arbitres burkinabè qualifiés pour officier. À ce moment-là, nous pourrons dire que nous avons véritablement atteint un niveau de satisfaction.
Comment la Fédération travaille-t-elle avec les clubs et les ligues pour améliorer le niveau du championnat national et offrir davantage de compétitions aux boxeurs ?
Chaque ligue doit pouvoir organiser des activités sans nécessairement attendre l’intervention de la Fédération. Elle peut simplement solliciter certains équipements auprès de celle-ci pour organiser ses propres compétitions.
Nous avons également des promoteurs de boxe au Burkina Faso qui se sont engagés à faire évoluer la discipline. Grâce à Dieu, ils sont présents et contribuent à son développement.
C’est d’ailleurs un promoteur qui accompagne actuellement notre champion et qui s’organise pour lui permettre de défendre sa ceinture.
Pour que la boxe vive durablement au Burkina Faso, il ne faut donc pas compter uniquement sur la fédération. Les ligues et les clubs doivent également organiser régulièrement des galas afin d’accompagner les boxeurs et de leur permettre de progresser.
Vous savez qu’aujourd’hui, la fédération ne peut pas tout faire. C’est comme dans le football, où des compétitions sont organisées à l’échelle régionale ou locale, parfois même sans que la fédération en soit informée. Ces initiatives permettent aux jeunes de se maintenir à niveau.
C’est la même chose dans la boxe. Lorsque les ligues et les clubs nous informent de leurs activités, nous pouvons mettre du matériel à leur disposition pour les aider à organiser leurs compétitions.
Quelles sont les ambitions du Burkina Faso pour les prochaines compétitions internationales, notamment sur la scène africaine ?
Nous avons des championnats d’Afrique qui doivent se dérouler prochainement. Nous avons même adressé une demande au ministère des Sports, mais nous n’avons pas encore reçu de réponse. Je pense que le dossier est en cours d’examen.
Ces championnats doivent se tenir en République démocratique du Congo. Si nous avons la possibilité d’y participer, nous aimerions présenter cinq boxeurs.
Notre participation dépend toutefois de l’appui du ministère. Pour le moment, nous attendons sa réponse.
Les billets d’avion aller-retour coûtent à eux seuls au moins un million de francs CFA par personne. Si nous voulons envoyer cinq boxeurs accompagnés de leur encadrement technique, il faut prévoir un déplacement d’environ huit personnes. Cela représente donc une somme importante.
Comme je l’ai dit, nous avons vraiment envie de participer à ces compétitions, mais nous sommes confrontés à des difficultés financières.
Malheureusement, les entreprises susceptibles de nous accompagner attendent souvent que nous obtenions des résultats avant de nous soutenir financièrement. Avec la ceinture que nous venons de remporter, elles peuvent désormais constater nos performances et être davantage disposées à nous accompagner.
Pourtant, si elles nous soutenaient dès le départ, nous pourrions obtenir encore de meilleurs résultats.
Si vous vous souvenez, une entreprise de l’industrie du tabac avait accepté d’accompagner Dramane Nabaloum Boum Boum. C’est notamment grâce à cet accompagnement que des combats ont pu être organisés.
Le combat qui vient de se dérouler pour Abel Nikiéma a coûté 70 millions de francs CFA. Il est donc très difficile d’organiser de tels événements lorsque les ressources financières font défaut.
Notre volonté est pourtant de remporter davantage de ceintures et de faire rayonner la boxe burkinabè. Aujourd’hui, je peux vous assurer que, grâce à cette ceinture, le nom du Burkina Faso est désormais davantage connu dans le milieu de la boxe en Afrique.
Comment appréciez-vous le niveau des jeunes boxeurs actuellement ?
Leur niveau est tout à fait acceptable. Je peux prendre l’exemple de Mohamed Pardevan, mais aussi celui de Bado, qui est militaire. Il y a également Mathias Napaongo, qui a perdu son combat au Sénégal. Toutefois, si vous avez suivi cette confrontation, vous avez certainement constaté que sa défaite s’est jouée de peu. Son adversaire a profité d’un moment où il avait baissé sa garde pour lui porter un coup. Or, lorsqu’un boxeur reçoit un coup bien placé, le combat peut rapidement basculer.
Si vous regardez l’ensemble des rounds jusqu’au sixième, vous constaterez que Mathias menait le combat. J’étais vraiment fier de sa prestation, car j’ai suivi cette confrontation de près. Malheureusement, il s’est fait surprendre. Il possède néanmoins un bon niveau et, lorsqu’on le suit, on constate qu’il a un réel potentiel de progression. La fédération compte donc sur le ministère chargé des sports ainsi que sur les bonnes volontés pour continuer à accompagner ces jeunes talents.
Comment la fédération compte-t-elle mobiliser davantage de ressources pour accompagner les boxeurs et développer la discipline ?
Notre principal problème aujourd’hui reste le manque d’une salle équipée. Si nous disposions d’une telle infrastructure, nous pourrions, par exemple, inviter deux ou trois boxeurs étrangers de bon niveau à venir s’entraîner avec nos athlètes. Nous pourrions même inviter un boxeur camerounais à venir au Burkina Faso. Avec une salle adaptée, il pourrait y séjourner avec son entraîneur et participer aux séances d’entraînement dans de bonnes conditions.
Mais si vous invitez un boxeur habitué à s’entraîner dans des salles bien équipées et que vous ne disposez pas d’une telle infrastructure, il sera difficile de le convaincre de venir. C’est là notre grande faiblesse. Aujourd’hui, des jeunes comme Mohamed Pardevan ont un potentiel qui leur permet de progresser. Cependant, ils doivent continuer à s’entraîner et à affronter régulièrement des adversaires pour maintenir leur niveau. Sans cela, un boxeur peut être performant aujourd’hui, puis perdre progressivement ses acquis demain, faute de compétitions et d’entraînements réguliers.
Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes Burkinabè qui souhaitent se lancer dans la boxe, et quelle vision avez-vous pour l’avenir de la discipline au Burkina Faso ?
Je tiens d’abord à remercier tous ceux qui décident de s’engager dans la boxe. Je les encourage à redoubler de courage. La boxe est une discipline individuelle. Cela signifie que chaque athlète doit d’abord prendre la décision de s’investir pleinement. Lorsqu’il travaille dur et parvient à progresser, c’est généralement son nom qui est mis en avant.
Bien entendu, il y a toujours des entraîneurs derrière les athlètes, mais le public s’intéresse principalement au boxeur lui-même.
Je leur demande donc de redoubler de courage et de persévérer. Nous traversons actuellement des moments difficiles et nous recherchons des solutions pour améliorer les conditions de pratique de la discipline.
Je pense que nous manquons encore d’accompagnement de la part des entreprises, mais j’espère qu’avec le temps, certaines d’entre elles accepteront de nous soutenir. Cela permettra également de soulager l’État d’une partie de cette charge.
Normalement, une fédération ne devrait pas dépendre uniquement de l’État. Cependant, compte tenu des difficultés que traverse actuellement notre pays, nous sommes obligés de solliciter son appui.
Je félicite néanmoins tous ceux qui s’investissent déjà dans la boxe et qui font des efforts pour faire avancer la discipline. Je suis convaincu que, s’ils continuent à faire preuve de courage et de détermination, nous parlerons un jour de la boxe burkinabè à l’échelle africaine et mondiale.
Quelle vision avez-vous pour l’avenir de la boxe au Burkina Faso ?
J’entrevois un avenir triomphant pour la boxe burkinabè. Lorsque vous observez le niveau des jeunes et les résultats que nous obtenons aujourd’hui, vous pouvez constater que nous avons un réel potentiel. Notre principal problème reste le manque d’équipements et d’infrastructures adaptés. Si vous suivez les combats de nos boxeurs, vous pouvez vous rendre compte de leur niveau et de leurs capacités. Prenons encore l’exemple de Mathias Napaongo.
Certains ont rappelé qu’il n’avait pas bénéficié de toutes les conditions nécessaires avant son déplacement au Sénégal. Malgré cela, il a tenu bon et a réussi à montrer sa valeur sur le ring. Même ses adversaires sénégalais semblaient le craindre, car ils constataient qu’il prenait l’avantage.
Je suis convaincu que, s’il avait disposé d’une salle adaptée et de tous les équipements nécessaires à sa préparation, il aurait pu aller jusqu’au bout de son combat dans de meilleures conditions.
À un certain moment, on avait l’impression qu’il n’était pas suffisamment habitué à disputer six rounds. Cela signifie qu’il n’avait probablement pas bénéficié d’un entraînement suffisant dans cette configuration. Lorsqu’un boxeur n’est pas habitué à combattre sur une telle durée, il peut perdre ses moyens à partir d’un certain moment.
Voilà pourquoi je pense que nous avons besoin d’une salle équipée et d’un encadrement adapté. Malgré ces difficultés, je reste convaincu que la boxe burkinabè a un bel avenir devant elle.
Nous arrivons à la fin de cet entretien. Avez-vous un mot de fin ?
Mon dernier mot est de remercier les journalistes, car c’est grâce à vous que nous faisons connaître notre discipline. Je remercie particulièrement Lefaso.net pour cet entretien.
Lefaso.net
