Un autre terrorisme en plus de celui du Sahel est apparu depuis quelques années contre l’école formelle ! En plus du terrorisme du Sahel qui a entraîné la fermeture de beaucoup d’établissements scolaires, des élèves déplacés internes et des abandons, un autre terrorisme est en train de détruire l’école formelle ! Il s’agit du terrorisme des coachs ! Ces derniers ont créé des cabinets de formation, organisent des formations à hauteur de 50 000 FCFA la séance, écrivent des documents qu’ils vendent chers aux scolarisés de l’école formelle, leur vendent des clés USB de modules très chères. Dans leur conquête pour remplir leurs « classes », ils n’ont pas trouvé d’autres ennemis à combattre que l’école formelle, les enseignants et les intellectuels ! A travers des vidéos et des extraits de contenus d’enseignement, ils s’acharnent sur les enseignants (ceux-là même qui sont les FDS et VDP qui combattent l’ignorance), ils insultent les enseignants surtout ceux d’histoire géographie, ils les méprisent et ridiculisent aux yeux de tous comme ces derniers étaient les initiateurs, les décideurs et les bailleurs de fonds de l’école formelle. Leur ingratitude envers les enseignants qui leur ont donné les compétences qu’ils utilisent pour se nourrir est sans pitié ! Tout cela pour manipuler un grand auditoire afin de mieux l’escroquer. Ils veulent voir l’école formelle collective détruite au profil de leur école Individuelle à but purement lucrative ! Ils ont décidé de s’appuyer sur les faiblesses de l’école formelle pour fonder leur royaume à escroquer tout en rejetant et reniant cette école formelle.
1. De leur acharnement contre les longues études !
Ils ont d’abord commencé à montrer aux gens que l’école après le CM2 n’a pas d’importance ! Et cela constitue du pur terrorisme contre le développement du pays ! Un pays comme le Burkina Faso qui a besoin de développer sa recherche scientifique, son agriculture, sa santé, son élevage, son armée, son domaine de l’énergie, ses infrastructures routières et autres, son transport…a besoin d’enseignants, de chercheurs, d’ingénieurs et de techniciens dans tous les domaines ! Et ce n’est pas en démotivant ceux qui veulent faire de longues études après le CM2 qu’on aura ce capital humain ! C’est plutôt en investissant mieux dans l’école formelle et en la rénovant qu’on aura ce capital ! Sinon on paiera l’expertise très chère des autres pays comme la Russie, la Chine, les USA et autres.
2. De leur acharnement contre les enseignants !
Ils qualifient les enseignants de « pauvres » ! Pendant ce temps quand les programmes qualifient le Burkina Faso de pays pauvre, cela les choque ! C’est justement parce que le pays est pauvre que les enseignants sont pauvres ! Sinon pourquoi ne pas leur créer de bonnes conditions (salaire, primes et autres), pourquoi ne pas construire et équiper une bibliothèque et un laboratoire dans chaque établissement (on vous rappelle que plus de la moitié des établissements secondaires sont du privé et moins de 4 pour 100 des établissements disposent de laboratoire). Dire donc que le pays est pauvre est une réalité ! C’est dire le contraire qui est un mensonge au regard de la misère des enseignants et de leurs établissements ! Les élèves ne sont pas bêtes ; leur dire que le pays est riche financièrement alors qu’ils voient devant eux des acteurs misérables, des directions provinciales sans site et sans véhicules, des chefs d’établissement sans engin de service, leur établissement sans bibliothèque et laboratoire, c’est leur mentir, c’est refuser de leur dire la réalité pour qu’ils puissent désormais changer les choses ! L’enseignement a pour but de faire quitter l’élève d’un état initial indésirable vers un état final désiré.
Il convient donc que chaque élève prenne conscience de cet état initial (la pauvreté financière du pays par exemple). Après cela on lui montrera que c’est possible de changer la situation ! C’est pourquoi les mêmes programmes d’enseignement enseignent aux élèves les richesses naturelles du pays (minerais, sites touristiques, sol, sous-sol, agriculture, élevage, énergie…) ! Les terroristes de l’éducation ne voient pas cela, c’est le mot « pauvre » (financièrement) qualifiant le pays qu’ils voient ! Dire qu’on est pauvre est une réalité. Mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas DEVENIR riche ! C’est comme dire aujourd’hui qu’on est malade ; cela ne signifie pas qu’on ne sera pas guéri ! Demain si on est guéri, on dira qu’on n’est plus malade. Un verbe conjugué au présent de l’indicatif montre l’état des lieux dans le présent !
Dire à son fils par exemple qu’on a un revenu de moins de 50 000 FCFA par mois et qu’on est donc pauvre n’est pas mauvais, cela devrait l’amener à se battre pour relever le défi (la pauvreté de la famille). Mais lui mentir qu’on est riche alors qu’on n’arrive pas à faire toutes les dépenses de la famille, c’est un mensonge qui ne pousse pas l’enfant à travailler puisqu’il n’y a pas de défis à relever (Papa est riche, donc la famille est riche).
Ces terroristes de l’éducation méprisent les enseignants parce qu’ils enseignent la seconde guerre mondiale par exemple ! Il faut que ces terroristes sachent que chaque contenu d’enseignement a son objectif et que la pédagogie n’est pas du marketing de marché ! Enseigner la seconde guerre mondiale, c’est de l’éducation civique, c’est enseigner la paix, c’est amener les élèves à renoncer à la guerre et à l’éviter au regard de ses causes et de ses conséquences, c’est amener les africains à comprendre comment leurs parents ont aidé la France à se libérer, c’est amener les élèves à comprendre la nécessité du dialogue et de l’intégration internationale ! Si on n’aurait pas enseigné cette guerre, peut-être que les autorités de l’AES n’auraient pas eu l’occasion de répondre ou de rappeler à Emmanuel Macron que leurs grands parents se sont sacrifiés pour la France !
L’enseignement de la 2nde guerre mondiale peut ne pas être utile pour un escroc et un chercheur d’argent de profession, mais il est utile pour tout futur leader politique qui doit comprendre la géopolitique, pour tout sociologue… L’école formelle donne une base en culture générale à tous les citoyens ; maintenant si quelqu’un juge que tel contenu ne lui sert pas, qu’il sache que ça sert à un autre citoyen dans sa profession ! On n’a pas fait l’école pour sortir tous commerçants d’illusions ! On l’a fait pour sortir complémentaires dans les actions !
Que les terroristes de l’école formelle sachent que les programmes d’enseignement ne sont pas des décisions des enseignants ! Ce sont des décisions politiques ! Ce ne sont pas les enseignants qui ont voté la loi d’orientation de l’éducation dans le pays, ce ne sont pas eux qui décident des curricula et des réformes, ce ne sont pas eux qui financent l’éducation. Les enseignants exécutent un programme ! Toute personne qui a des propositions peut saisir les autorités politiques, s’il veut bien la réforme et le meilleur de l’école formelle. Ce sont les autorités politiques qui ont la charge d’initier des réformes et des orientations en matière d’éducation !
Que les terroristes de l’éducation sachent qu’ils sont très mal placés pour apprécier un programme en éducation ! Des résultats de recherche (mémoires, thèses, articles, rapports) pour relever les défis de l’éducation ne manquent pas ! C’est une décision politique et un engagement à investir des milliers de milliards de francs CFA qui posent problème ! La bonne école formelle ne se fait pas à zéro franc comme vous enseignez l’ouverture d’un restaurant à zéro franc à vos assoiffés d’argent (alors que vos formations sont extrêmement coûteuses)! Au moins si les enseignants avaient vos primes de formation (50000 f par séance et par élève), arrivaient à vendre des clés USB à 30000f à chaque élève, ils seraient riches et bien motivés à enseigner !
Bref ! Que les terroristes de l’éducation sachent que s’ils détruisent l’école formelle collective, leur école Individuelle à but lucratif ne pourra pas contenir les millions d’élèves et ne pourra pas nous donner le capital humain nécessaire pour le développement du pays ! Jusqu’à présent je n’ai jamais rencontré un enseignant, un ingénieur, un agent de sécurité, un agent de santé, un agent de l’agriculture, un administrateur, un agent de justice…qui me dit qu’il est un pur produit de l’école des coachs terroristes !
Que les terroristes de l’école formelle sachent que les enseignants ne sont pas leurs rivaux, qu’ils doivent s’adresser aux autorités politiques s’ils ont des propositions sincères !
Que les terroristes de l’éducation sachent qu’il y a une insuffisance d’infrastructures scolaires, un grand manque de bibliothèques et de laboratoires équipés, un manque de formation initiale et continue des enseignants (beaucoup d’enseignants sont recrutés et envoyés sur le terrain sans formation initiale ; imaginez dans l’armée ou dans la santé des agents recrutés et affectés sans formation initiale !), des conditions de vie et de travail insatisfaisantes, un manque de moyens financiers pour de vraies réformes… L’éducation formelle burkinabè pour être efficace nécessite plusieurs dizaines de milliers d’établissements équipés, plus de 200 000 acteurs (agents), et donc un investissement de plusieurs milliers de milliards de francs CFA ! Le jour où nous parviendront à cela, nous chanterons même que le pays est très riche ! Nous pouvons actuellement bien créer des hymnes pour chanter la richesse du Burkina Faso et les élèves vont chanter matin, midi et soir ; mais tant que ces conditions ne seront pas réunies pour former le capital humain, rien ne changera chez les citoyens !
Il est temps que les autorités politiques mettent de l’ordre dans cette affaire de coaching contre l’éducation ! Sinon du jour au lendemain, des élèves abandonneront l’école pour des aventures inconnues et dangereuses, des enseignants seront démotivés ! Les FDS et VDP de l’éducation ont besoin également de motivation comme les FDS et VDP de l’armée car tous combattent l’ignorance et le désordre dans le pays ! Ce n’est pas bon de laisser des leaders d’opinion s’attaquer aux institutions fortes de l’état ! Même si ces institutions ont des faiblesses, que ceux qui ont des propositions les fassent aux autorités !
Le coaching est censé faire partie de l’éducation informelle que la loi de l’éducation reconnaît ! La loi reconnaît l’éducation formelle et l’éducation informelle comme complémentaires. Dans ces conditions il ne doit pas y avoir une guerre entre les acteurs des deux types d’éducation qui sont au service des mêmes citoyens ! S’attaquer aux tares de l’école formelle ce n’est pas s’attaquer aux acteurs (enseignants et autres) de cette école ! Et pour s’attaquer aux tares de l’école formelle il faut avoir un certain nombre de compétences, il ne suffit pas d’être un coach ou leader d’opinion !
Il est temps que les autorités créent des cadres de rencontre des acteurs techniques de l’éducation par discipline pour réfléchir sur les réformes éducatives en adéquation avec les projets.de développement en cours et l’ouverture de notre pays au reste du monde ! Les attaques des coachs contre les enseignants n’est pas du tout une solution !
Vive l’école formelle, arme contre l’ignorance et le sous- développement !
Kagnangbo DJIGUEMDE
Inspecteur de l’enseignement secondaire/sciences physiques
