Arnaque aux « épices bio » : Plusieurs centaines de burkinabè piégés avec un préjudice de plus 507 millions de FCFA en seulement 6 mois

C’est une hémorragie financière qui inquiète les autorités burkinabè. Au cours du premier semestre 2026, la Brigade Centrale de Lutte Contre la Cybercriminalité (BCLCC) a enregistré pas moins de 193 plaintes concernant l’arnaque dite aux « épices bio », pour un préjudice colossal dépassant les 507 millions de FCFA. Ce chiffre représente près de 40 % du montant total des escroqueries enregistrées sur la période. Entre usurpation d’identité de grandes enseignes comme le Lancaster Ouaga 2000 et manipulation psychologique, le mode opératoire, détaillé par l’expert Julien Legma de la BCLCC, révèle une ingénierie sociale redoutable visant à ruiner les épargnants sous couvert d’opportunités d’affaires en or.

Le scénario est désormais tristement célèbre dans les bureaux de la BCLCC, mais il continue de faire des victimes. L’escroquerie aux épices bio n’est pas une simple fraude, c’est une mise en scène huilée où chaque acteur joue sa partition pour isoler la cible.

Selon Julien Legma, le cyberdélinquant ne frappe jamais au hasard. Il commence par instaurer un climat de confiance, souvent en passant par une connaissance ou un membre de la famille de la victime. L’escroc contacte d’abord une personne proche de la cible finale, se faisant passer pour un familier, et demande si elle connaît quelqu’un capable de fournir des épices bio en urgence. « La première personne va procéder à une recommandation », explique l’expert, entraînant ainsi la victime dans un piège où elle se base uniquement sur la relation de confiance avec celui qui l’a mise en contact.

Le mirage du grand marché hôtelier
Une fois le contact établi, le délinquant usurpe l’identité d’un responsable d’approvisionnement ou de restauration d’un établissement de prestige, tel que le Lancaster Ouaga 2000. Il prétexte un besoin immédiat et massif d’épices purement biologiques, tout en proposant des prix d’achat extrêmement attractifs qui finissent de lever les doutes de la victime. Pour justifier la recherche d’un nouveau fournisseur, l’escroc invoque souvent l’indisponibilité ou la maladie (comme un AVC) du fournisseur habituel.

Le piège se referme lorsque la victime, désireuse d’honorer le contrat, est mise en contact avec un prétendu complice censé l’aider à s’approvisionner auprès de la source originale. C’est ici que les paiements commencent. Sous couvert de « mesure d’urgence » ou de frais d’échantillons, des transferts par mobile money sont exigés.

Julien Legma souligne la cruauté de la méthode : les escrocs poussent la victime à acheter des quantités globales plutôt que de simples échantillons. Les victimes, aveuglées par le gain potentiel, épuisent leurs économies ou s’endettent lourdement. Une fois l’argent transféré, une série de faux contretemps (saisie des épices, panne de véhicule) est orchestrée pour gagner du temps, jusqu’à ce que les malfaiteurs deviennent définitivement injoignables.

Un appel à la vigilance absolue
Face à l’ampleur du phénomène, la BCLCC rappelle que ces réseaux sont particulièrement sophistiqués, allant jusqu’à simuler des procédures d’appels d’offres ou exiger des commissions de 10 % pour parfaire l’illusion du sérieux. Le mal est tel que certaines victimes tentent de porter plainte contre leurs propres proches qui les ont recommandées, ignorant que ces derniers ont également été manipulés,.

Pour les autorités, la règle est simple : méfiez-vous des offres trop alléchantes et des marchés conclus exclusivement via des solutions de paiement mobile sans rencontre physique au sein des établissements cités.

Netafrique

par La paix