En Italie, une forêt unique au monde pousse sur les balcons de ces tours (et ce sont des jardiniers volants qui l’entretiennent)

À 100 m au-dessus du sol milanais, une véritable forêt s’épanouit sur des balcons. C’est le Bosco verticale, deux tours résidentielles dans le quartier de Porta Nuova, hérissées d’arbres, de vivaces et d’oiseaux nicheurs. Un manifeste d’architecture durable qui a depuis fait école.

D’en bas, le regard cherche d’abord l’architecture, puis se laisse happer par le feuillage. Livré en 2014, le Bosco Verticale à Milan compte parmi les premiers immeubles résidentiels à avoir fait des arbres un véritable matériau d’architecture. Le béton disparaît presque derrière cette masse végétale, devenue l’un des repères les plus singuliers du ciel milanais.

800 locataires végétaux

Vue d’en bas, la végétation semble avoir grimpé toute seule, au hasard, alors que chaque implantation obéit évidemment à un plan précis. Les deux tours culminent à 110 et 76 m, et leurs balcons profonds de 3 m accueillent près d’une centaine d’espèces, réparties en fonction de l’exposition au soleil – feuillages persistants au sud-ouest, caducs au nord-est, afin d’ombrager les logements en été et de laisser entrer la lumière en hiver.

Cette débauche végétale poursuit un but très concret. Le feuillage retient les poussières, absorbe le dioxyde de carbone, tempère la chaleur et amortit le bruit de la circulation, dans une ville qui compte parmi les plus polluées d’Europe. Les eaux usées des appartements, filtrées puis recyclées, servent à l’arrosage des bacs.

Des jardiniers en rappel
Une telle plantation suspendue réclame évidemment plus qu’un arrosoir. Les résidents eux-mêmes ne peuvent ni modifier, ni retirer, ni remplacer la végétation, gérée collectivement par la copropriété. Deux fois par an, une équipe surnommée les « jardiniers volants » descend le long des tours, équipée de cordes, de casques et de harnais, pour inspecter et tailler les arbres.

Les jardiniers ne sont pas les seuls à s’être installés. Quelque 9 000 coccinelles ont été lâchées pour combattre les parasites sans pesticides. Plus de vingt espèces d’oiseaux nichent parmi les branches, parmi lesquelles des bruants, des rouges-queues et des martinets pâles. L’architecte milanais Stefano Boeri, concepteur des tours, décrit d’ailleurs le Bosco Verticale comme une maison destinée aux arbres et aux oiseaux, qui héberge aussi des humains.

De Dubaï à Corso Como
Le projet est né d’un voyage. En avril 2007, alors qu’il dirigeait la revue d’architecture Domus, Stefano Boeri découvre à Dubaï une ville minérale hérissée de tours de verre, réfléchissant la chaleur. Il en revient avec l’idée inverse : remplacer les façades vitrées par une enveloppe vivante. Ses associés du Boeri Studio, Gianandrea Barreca et Giovanni La Varra, participent au projet, inauguré à Milan en 2014.

Une fois la nuque reposée, la promenade se prolonge volontiers dans les rues voisines. Corso Como enchaîne boutiques de design et terrasses jusque tard le soir, tandis qu’Isola, ancien faubourg ouvrier devenu très couru, cultive ses trattorias et ses fresques murales. Un Milan contemporain.

La Paix

Source : EnVols

par La paix